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L’accompagnement pendant le confinement, « Garder du sens même à distance »

Corinne Massé, chargée de l'accompagnement des projets chez Appuy Créateurs.

Durant le confinement, le statut d’entrepreneur salarié a pris toute sa mesure, notamment grâce à l’accompagnement assuré par l’équipe des permanents d’Appuy Créateurs. Derrière son écran ou par téléphone, à l’instar de ses collègues, Corinne Massé a toujours été présente pour assurer un lien humain, plus précieux que jamais lors de cette période anxiogène. Forte de cette expérience, elle explique pourquoi elle abordera, désormais, son métier différemment.

Quels ont été les principaux besoins des entrepreneurs durant le confinement ?

« Les demandes les plus fréquentes étaient liées à la poursuite et au maintient de leur activité, avec une dimension psychologique très importante. Les entrepreneurs avaient besoin de sentir qu’ils n’étaient pas seuls et qu’ils avaient des personnes à leur écoute. Cet aspect allait bien au-delà de notre métier classique d’accompagnement. Les deux premières semaines, le lien avec l’équipe a été fondamental pour apaiser certaines inquiétudes et lever nombre d’angoisses. Comment allaient-ils sortir de cette période troublée et maintenir un salaire sans générer du chiffre d’affaire ? A quelles aides pouvaient-ils prétendre ? Le fait de pouvoir les placer en activité partielle a été extrêmement rassurant pour eux, un sentiment de sécurité qui s’est confirmé après la réception des salaires de mars ! »

 

Comment avez-vous géré la mise en place de l’activité partielle ?

« Nous nous sommes répartis les entrepreneurs en fonction de leur activité, puis nous les avons tous contacter par téléphone, afin de faire le point sur leur situation personnelle et professionnelle. Compte tenu de la grande diversité de métiers exercés au sein d’Appuy Créateurs et de la complexité des demandes à transmettre à la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (DIRECCTE), il nous fallait disposer d’informations à jour, claires et précises. Pour les entrepreneurs salariés, nous avons ensuite mis en place une systématisation de leur remontée de chiffre d’affaires mensuel par messagerie électronique qui a tout de même nécessité, de notre part, quelques relances téléphoniques ! »

 

Les angoisses et inquiétude ont-elles été les mêmes pour les nouveaux entrepreneurs en contrat CAPE ?

« Ces nouveaux entrepreneurs qui se sont vus stoppés dans leur élan de lancement de projet étaient généralement en proie à des interrogations plus vives, notamment sur le fait de savoir si c’était la bonne période pour créer une activité. Nous leur avons conseillé de profiter de ce temps pour peaufiner leur offre commerciale, travailler leurs prix, avancer sur leurs documents de communication et d’occuper plus que jamais les réseaux sociaux. Notre discours était constructif et positif pour leur montrer qu’il fallait mettre le « paquet » et affiner leur réflexion sur l’après crise, afin de se tenir prêt à démarrer. Nous n’avons d’ailleurs eu aucun abandon des « petits nouveaux »… »

 

Certains secteurs d’activité ont-ils souffert plus que d’autres des conséquences de la crise sanitaire ?

« Tous les métiers n’ont pas été touchés de la même manière par la crise sanitaire. Le secteur de la communication en lien avec l’événementiel a été très impacté, suite aux annulations en cascade des manifestations publiques ! C’était difficile pour les entrepreneurs concernés de n’avoir aucune visibilité de reprise. Tous ceux qui travaillent dans le domaine du bien être, nécessitant des contacts physiques, ont également connu des moments difficiles. A l’inverse, certains ont réussi à rebondir et à poursuivre leur activité en visioconférences, en particulier dans le domaine de la formation. »

 

 

Que retenir de cette période pour l’accompagnement au sein d’Appuy Créateurs ?

« Je pense qu’on ne pourra plus travailler demain comme on le faisait hier. Tous ces nouveaux outils de communication à distance doivent maintenant faire partie de notre quotidien, à nous d’apprendre à les utiliser de manière pertinente. Cette période a bousculé nos habitudes. L’accompagnement étant un métier de contacts et de rapports humains, j’imaginais que ce serait difficile d’animer des ateliers de cette manière et pourtant ça se fait plutôt bien, comme j’ai pu l’expérimenter récemment avec une visio consacrée à l’étude de marché. Avant la crise du COVID-19, nous ne nous étions jamais posé la question, le « présentiel » étant notre règle de fonctionnement ! Ce changement d’attitude va nous offrir plus de souplesse d’organisation et permettre de nous ouvrir davantage aux territoires. Nous pourrons ainsi toucher plus facilement des personnes éloignées géographiquement ou à mobilité réduite. A nous d’imaginer l’avenir et de repenser notre pédagogie, pour éviter de faire de la formation à distance, en la transférant telle quelle sur une plateforme. »

 

Et à titre personnel ?

« Travailler depuis la maison m’a permis de mieux comprendre les difficultés et la réalité de nos entrepreneurs. Il n’est pas toujours évident de ne pas se laisser aspirer par l’extérieur et de savoir faire une césure entre son activité professionnelle et sa vie personnelle. J’ai mesuré quelle rigueur cela demandait et le tiraillement permanent qu’impose de gérer l’urgent et l’important, sans connaître un sentiment de culpabilité. Autre découverte pour moi, la prise de conscience de la force et de la richesse du lien téléphonique. Nous sommes un peu entrés dans l’intimité des femmes et des hommes de la coopérative qui en ont parfois redécouvert les valeurs. Même à distance, l’accompagnement garde donc réellement du sens ! »