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Certification Qualiopi : S’adapter à tous les publics

Elisabeth Houllier Bousquet, chargée d’accompagnement des entrepreneurs du Cantal, coordonne la certification Qualiopi d’Appuy Compétences. @Serge Bullo

Avec pour objectif une plus grande personnalisation des offres de formation et une professionnalisation des pratiques, la mise en œuvre du référentiel Qualiopi est pour Appuy Compétences l’opportunité de créer une communauté de formateurs vivante et réactive. Le point avec Elisabeth Houllier Bousquet, en charge de la coordination de cette ambitieuse certification.

La formation est un secteur en pleine évolution. Que retenir des dernières directives réglementaires concernant la commande publique ?

« Dans un souci d’exigence renforcée vis-à-vis des organismes de formation, le datadock est apparu le 1er janvier 2017. Sur un principe déclaratif, cette base de données permettait de déposer des documents recensant la qualité des actions menées en remplissant 21 indicateurs, regroupés en 6 critères, définis par les financeurs. Quand toutes les pièces déposées étaient validées conformes, les organismes devenaient datadockés, sans procédure de contrôle. L’Etat est très vite passé à un niveau supérieur, à savoir l’obligation de certification pour les prises en charge de formations par des fonds publics. C’est le référentiel national Qualiopi qui concerne les prestations en faveur des salariés, des demandeurs d’emploi ainsi que des personnes en situation de handicap respectivement financées par leur Opérateurs de compétences (OPCO), Pôle emploi et l’Association de Gestion du Fonds pour l’Insertion Professionnelle des Personnes Handicapées (AGEFIPH). L’entrée en vigueur, initialement prévue le 1er janvier 2020 a été repoussée au 1er janvier 2021, comme l’officialise la parution du décret n° 2019-565 du 6 juin 2019. Le changement majeur est donc le passage d’un document déclaratif à un référentiel de certification, pour lequel il faut apporter la démonstration que les mises en œuvre des actions de formation sont bien conformes aux 7 critères exigés par le législateur. »

 

Quelles sont les grandes orientations de ces critères ?

« Pour les simplifier et les présenter brièvement, le 1er concerne les informations sur nos prestations. Le 2eme, la description des objectifs des prestations et notre capacité à les adapter, au moment de leur conception, à des publics cibles. Le 3eme, les mesures prises pour appliquer sur le terrain des modalités d’accueil, d’accompagnement, de suivi et d’évaluation adaptés aux différents publics bénéficiaires. Ces trois premiers critères, divisés en indicateurs, touchent au cœur de métier du formateur. Le 4eme s’articule autour du questionnement des moyens pédagogiques, techniques et d’encadrement administratif mobilisés pour réaliser nos prestations. Le 5eme aborde la professionnalisation du corps des formateurs, en termes de qualification et de développement des connaissances. Le 6ème critère, nouveau par rapport au datadock, nous incite à être ancré dans nos territoires, pour proposer des formations répondant aux besoins des entreprises et à organiser une large veille, utile au domaine de l’insertion professionnelle. Et pour finir, le 7eme pointe l’amélioration continue et la manière d’actualiser nos pratiques, au regard des appréciations et remarques formulées par les parties prenantes, à savoir les stagiaires, prescripteurs et financeurs. »

Comment les formateurs se sont-ils organisés, au sein d’Appuy Compétences, pour mener cette démarche de certification qui représente une somme de travail et de réflexion assez colossale ?

« Appuy Compétences regroupera bientôt une quarantaine de formateurs parmi lesquels une vingtaine est d’ores et déjà engagée dans la démarche et une dizaine constitue le noyau dur. Pour aborder ce référentiel dans les meilleures conditions, Sandrine Barrière, Corinne Massé et moi-même avons constitué un comité de pilotage dans lequel nous travaillons en bonne intelligence avec Pascaline Cousin, Cathie Souvay et Emmanuel Bommier, trois entrepreneurs salariés très impliqués dans Qualiopi. En parallèle, trois commissions sont chargées d’élaborer des propositions, indicateur par indicateur, qui seront par la suite entérinées par une commission de validation. Notre séminaire de rentrée, le 28 août dernier, nous a permis d’aborder quelques points clefs, avec un focus sur l’accompagnement des travailleurs handicapés et la digitalisation de nos pratiques, ces innovations pédagogiques et technologiques faisant partie des attendus du référentiel de manière transversale. Cette journée a d’ailleurs été, pour tous les participants, une occasion précieuse de réfléchir ensemble à l’évolution de la formation. »

Au-delà du référentiel, quelles sont vos attentes pour la coopérative et votre vision sur le devenir de ses formateurs ?

« L’objectif final et l’enjeu pour Appuy Compétences sont, selon moi, d’arriver à créer une communauté de formateurs. En effet, même s’il nous arrive parfois de travailler ensemble, nous avons des pratiques qui restent très individuelles. Tout ce que nous avons mis en place pour Qualiopi crée une émulation et un dynamisme très intéressants pour notre coopérative. Je sens un élan pour se donner les moyens d’avancer en commun et s’organiser de manière vivante et attractive, tout en se faisant connaître comme organisme de formation. C’est une belle opportunité pour attirer de nouveaux formateurs indépendants, d’autant plus que nous menons de front, et avec le même niveau d’exigence, l’agrément de formations à destination des élus locaux. Cette nouvelle ouverture aura elle aussi pour bénéfices de professionnaliser nos pratiques et de permettre à certains consultants de sauter le pas en devenant formateurs. Ces deux projets vont conduire à une plus grande personnalisation des offres de formation, rattachées à un contexte socio-économique et conjoncturel. Ils nous poussent à être dans une réactivité permanente, salutaire et stimulante ! »